Surveiller les prix de ses concurrents :
est-ce légal pour un hôtel ?
Regarder chaque matin les prix des hôtels voisins sur Booking.com, c'est le quotidien de beaucoup d'hôteliers. Mais la veille tarifaire est-elle légale pour un hôtel, surtout quand un logiciel la fait à votre place ? La réponse des autorités de concurrence est nette : oui, tant que vous observez des prix publics et que vous décidez seul. Ce qui est interdit, c'est de se coordonner.
Cet article ne constitue pas un conseil juridique ; pour votre situation, consultez un avocat. Il résume des textes publics à la date du 9 octobre 2026, pour aider un hôtelier à comprendre où se situe la limite.
Surveiller les prix de ses concurrents, est-ce légal ?
Oui. Le droit de la concurrence n'interdit pas de connaître les prix des autres : il interdit de s'entendre avec eux. Un prix affiché sur Booking.com est visible par n'importe quel voyageur. Le consulter, le noter dans un tableau ou le faire relever par un logiciel ne crée aucun accord entre vous et l'hôtel d'en face.
L'Autorité de la concurrence et son homologue allemand, le Bundeskartellamt, le rappellent dans leur étude commune sur les algorithmes : les entreprises « ont le droit d'adapter leur comportement intelligemment à la conduite existante ou attendue de leurs concurrents » (Autorité de la concurrence et Bundeskartellamt, 2019). Réagir seul à un comportement que tout le monde peut observer relève de cette adaptation intelligente, pas d'une entente.
La question n'est donc pas « ai-je le droit de regarder ? », mais « d'où viennent les informations et qui décide du prix ? ».
Que disent les règles européennes sur les logiciels de prix ?
En 2023, la Commission européenne a révisé ses lignes directrices sur les accords de coopération horizontale, c'est-à-dire entre concurrents. Pour la première fois, elles traitent longuement des algorithmes de prix. Quatre passages concernent directement un hôtelier.
« Undertakings can for instance independently use algorithms to monitor the prices of competitors and to inform their own price setting. » Traduction : les entreprises peuvent par exemple utiliser de manière indépendante des algorithmes pour surveiller les prix de leurs concurrents et éclairer leur propre fixation des prix (Commission européenne, 2023).
Une information réellement publique et facilement accessible n'est, en règle générale, pas considérée comme commercialement sensible. Le prix d'une chambre affiché à tous les visiteurs d'une plateforme en est l'exemple type.
« Whilst using publicly available data to feed algorithmic software is legal », traduction : si alimenter un logiciel algorithmique avec des données publiques est légal, regrouper dans un même outil des informations commercialement sensibles de plusieurs concurrents peut, en revanche, constituer une collusion.
Échanger avec des concurrents ses intentions de prix futurs est une restriction de concurrence « par objet » : elle est jugée nocive en elle-même, sans qu'il soit nécessaire de prouver un effet sur le marché.
Autrement dit, ce n'est pas l'algorithme qui pose problème, c'est ce qu'on lui donne à manger et ce qu'il fait circuler entre concurrents.
Veille tarifaire ou entente : où passe la ligne rouge ?
Le tableau ci-dessous traduit ces principes en situations concrètes d'hôtellerie. Il ne remplace pas l'analyse d'un cas précis, mais il donne les repères essentiels.
| Permis | Interdit |
|---|---|
| Consulter les prix publics de vos concurrents sur Booking.com ou leur site, à la main ou avec un logiciel. | Appeler un concurrent pour lui annoncer le prix que vous comptez pratiquer le mois prochain. |
| Tenir compte de ces prix pour fixer, seul, votre propre tarif. | Convenir avec d'autres hôtels d'un prix plancher, d'une hausse commune ou d'un calendrier de prix. |
| Utiliser un algorithme alimenté par des données publiques. | Verser dans un outil commun vos prix futurs, votre occupation ou vos réservations pour qu'il serve aussi vos concurrents. |
| Suivre ou ignorer une recommandation de prix, librement. | S'engager auprès d'autres hôteliers à appliquer tous les prix conseillés par un même outil. |
| Accorder un rabais sur votre propre site ou au comptoir (Code du tourisme, art. L311-5-1). | Échanger avec un concurrent des informations sur vos intentions de prix, même par un intermédiaire. |
Le fil conducteur est simple : observer ce qui est public et décider seul reste du côté permis ; partager ce qui est confidentiel ou se coordonner bascule du côté interdit, que l'échange passe par un appel, un groupe de discussion entre hôteliers ou un logiciel commun.
Que retenir de l'affaire Gibson contre Cendyn aux États-Unis ?
C'est l'un des premiers procès visant des hôtels qui utilisaient un même logiciel de recommandation de prix. Des clients reprochaient à plusieurs hôtels de Las Vegas de s'être entendus par l'intermédiaire de cet outil.
Le tribunal fédéral du Nevada a rejeté définitivement la plainte le 8 mai 2024. Selon l'analyse du cabinet Holland & Knight, il a relevé que les hôtels avaient « consulted their competitors' public rates » (consulté les prix publics de leurs concurrents), ce qu'il a jugé raisonnable ; qu'aucun échange d'informations confidentielles n'était établi ; et que les hôtels n'avaient aucune obligation de suivre les recommandations du logiciel (Kully, 2024).
La cour d'appel du 9e circuit a confirmé ce rejet le 15 août 2025, avec une nuance importante : son analyse « might have been different » (aurait pu être différente) si l'éditeur avait partagé des données confidentielles de concurrents entre ses clients (Wimberly, 2025).
Prix publics, décision libre de chaque hôtel, aucune donnée confidentielle mise en commun : ce sont précisément les trois points qui ont pesé dans la décision.
Attention toutefois : c'est du droit américain. Ces décisions ne s'appliquent pas en France et ne sont pas transposables telles quelles. Elles illustrent seulement que des juges, saisis d'un cas réel, ont tracé la même frontière que les textes européens.
Booking.com peut-il m'empêcher de fixer librement mes prix ?
Le droit va ici dans le sens de l'hôtelier. Depuis la loi Macron de 2015, l'article L311-5-1 du Code du tourisme garantit à l'hôtelier la liberté de consentir à ses clients tout rabais ou avantage tarifaire, et toute clause contraire dans un contrat avec une plateforme est réputée non écrite (Code du tourisme, art. L311-5-1). Concrètement, Booking.com ne peut pas vous interdire d'afficher un prix plus bas sur votre propre site.
Au niveau européen, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé le 19 septembre 2024, dans l'affaire C-264/23, que les clauses de parité tarifaire de Booking.com ne constituent pas des « restrictions accessoires » (CJUE, 2024) : elles ne peuvent pas échapper à l'examen du droit de la concurrence au seul motif qu'elles accompagneraient le service de réservation.
Ces deux textes partagent une même idée : le prix d'une chambre appartient à l'hôtelier. Ni une plateforme, ni un concurrent, ni un logiciel ne doit le décider à sa place.
Comment YieldIA l'applique
YieldIA a été conçu pour rester du côté « observer et décider seul » du tableau. Concrètement :
- Uniquement des prix publics : chaque jour, YieldIA relève sur Booking.com les tarifs affichés à tout visiteur, pour votre hôtel et jusqu'à 25 concurrents situés à moins de 3 km, sur les 7 prochaines nuits. Le relevé se fait en navigation anonyme, au tarif public.
- Vos données restent les vôtres : vos prix conseillés, votre occupation et vos réglages ne servent jamais à un autre client de YieldIA. Aucune donnée confidentielle d'un hôtel n'entre dans le calcul d'un autre.
- Aucun échange entre hôteliers : YieldIA ne transmet rien d'un client à un autre et ne propose aucun espace où des concurrents partageraient leurs intentions de prix.
- Des recommandations indicatives : le prix conseillé est une aide à la décision. Vous fixez librement votre prix, et vous réglez vous-même un prix minimum et un prix maximum.
- Une comparaison au marché, pas un alignement : le moteur part du prix médian des hôtels de note comparable dans votre CompSet et l'ajuste selon la tension du soir. Il ne copie le prix d'aucun concurrent.
Le prix conseillé est calculé par des règles explicites, visibles dans le détail « Comment ce prix est calculé » ; l'intelligence artificielle sert uniquement à expliquer ce calcul en langage clair, elle ne fixe pas le prix. Ces choix de conception suivent les principes décrits plus haut, mais ils ne valent pas certification : seule l'analyse d'un professionnel du droit peut se prononcer sur une situation donnée.
- Les lignes directrices de la Commission sont un texte d'interprétation : elles éclairent la position de la Commission, mais seuls les juges tranchent un litige.
- L'étude de l'Autorité de la concurrence et du Bundeskartellamt date de 2019 ; la jurisprudence sur les algorithmes évolue vite.
- L'affaire Gibson contre Cendyn relève du droit américain et nous la résumons à partir de commentaires d'avocats, non des décisions elles-mêmes.
- Cet article traite du droit de la concurrence. Il n'aborde ni les conditions d'utilisation des plateformes, ni la protection des données personnelles, qui sont d'autres questions.
Ce qu'il faut retenir
- Surveiller les prix publics de ses concurrents, y compris avec un algorithme, et en tenir compte est permis (Commission européenne, 2023, section 6.2.2.1).
- Une information publique et facilement accessible n'est en général pas sensible ; regrouper des informations confidentielles de concurrents dans un outil commun peut être une collusion.
- Échanger ses intentions de prix futurs avec un concurrent est interdit, quel que soit le canal.
- L'hôtelier reste libre de ses rabais face aux plateformes (Code du tourisme, art. L311-5-1).
- Un bon outil de veille se limite aux prix publics, ne mélange pas les données de ses clients et laisse l'hôtelier décider.
Sources
- Commission européenne (2023). Lignes directrices sur l'applicabilité de l'article 101 du TFUE aux accords de coopération horizontale, C(2023) 3445. Commission européenne, DG Concurrence. Sections 6.2.2.1, 6.2.3.1, 6.2.4.2 et 6.2.6 (texte en anglais).
- Autorité de la concurrence et Bundeskartellamt (novembre 2019, version française mars 2020). Algorithmes et concurrence. Étude conjointe.
- Kully, D. C. (Holland & Knight) (15/05/2024). Algorithmic Price-Fixing Claims Terminated (Gibson v. Cendyn, tribunal du Nevada, 08/05/2024). Holland & Knight Insights. Analyse d'un cabinet d'avocats ; droit américain.
- Wimberly, M. H. (28/08/2025). First Appellate Ruling On Algorithmic Pricing: What The Ninth Circuit Said Versus What It Did. Mondaq. Commentaire de l'arrêt du 9e circuit du 15/08/2025 ; droit américain.
- République française (2015). Code du tourisme, article L311-5-1 (créé par la loi n° 2015-990, art. 133). Légifrance.
- Cour de justice de l'Union européenne (19/09/2024). Arrêt dans l'affaire C-264/23, Booking.com (communiqué de presse n° 145/24). CURIA.